Est-il dangereux pour une femme enceinte d’être végan ?

Points importants

  • 3 différentes études de synthèse de la littérature scientifique sur le sujet suggèrent que globalement, les femmes enceintes véganes sont plus à risque de développer des carences que les femmes enceintes non-véganes.
  • Cependant, ces 3 études indiquent que cette probabilité de carence est très fortement affectée par le fait de vivre dans un pays développé, ou dans un pays en voie de développement.
  • 5 différentes études de synthèse, incluant les 3 citées précédemment, indiquent qu’avec une nutrition contrôlée et une supplémentation en vitamine B12, les femmes enceintes véganes ne risquent plus de carences et ont des enfants en pleine santé.
  • Certaines études suggèrent qu’un régime végétalien pourrait protéger de certains problèmes liés à la gestation.
  • Cet article ne remplace en aucun cas l’avis d’une médecin, qui devrait être contacté au moindre doute sur la question.

Sources principales

The effects of vegetarian and vegan diet during pregnancy on the health of mothers and offspring – Une revue de littérature sur le sujet. Les résultats suggèrent qu’un régime végétalien bien planifié est sans danger pour la gestation.

Vegan–vegetarian diets in pregnancy: danger or panacea? A systematic narrative review – Une autre revue de littérature sur le sujet. Les auteurs concluent que le régime végétalien peut être considéré comme sans danger pour la gestation, du moment que la nutrition est bien planifiée.

To vegan or not to vegan when pregnant, lactating or feeding young children – Un article discutant du sujet. Les conclusions de l’auteur sont que le régime végétalien est sans danger pour les femmes enceintes, du moment qu’elles se supplémentent en vitamine B12.

Plant-based and plant-rich diet patterns during gestation: Beneficial effects and possible shortcomings – Une autre revue de littérature sur le sujet. Les auteurs concluent qu’un régime végétalien peut être bénéfique durant la gestation, du moment qu’une attention est portée aux vitamines et aux nutriments.


Gestation implique bonne nutrition

La gestation est la période durant laquelle un ou plusieurs petits se développent à l’intérieur d’une femelle d’une espèce de mammifère. Pour les femmes humaines, la gestation dure typiquement 9 mois. Pendant cette période, un embryon va se développer dans l’utérus à travers différents stages, se terminant en la formation d’un fétus complet qui, à travers la naissance, va devenir un enfant humain.

Durant cette période, le corps de la mère à besoin d’avoir les ressources nécessaires pour soutenir à la fois le métabolisme du corps pendant la gestation, qui subit de très fortes modifications; mais aussi le développement du fétus, depuis l’état de cellule fertilisée jusqu’à un bébé complètement formé. Cela implique qu’une bonne nutrition est nécessaire pour que le corps de la mère et du fétus ne manquent de rien, ce qui peut mener à un plus grand risque de fausse couche, des plus petits enfants à la naissance, ou d’autres risques pour la mère ​[1]​. Plusieurs carences peuvent ainsi impacter la probabilité d’accouchement prématuré ou de fausse couche, comme les carences en zinc ​[2]​ ou en calcium ​[3]​; ces carences peuvent aussi causer bien d’autres problèmes au futur bébé ​[4]​.

Le débat à propos du véganisme et des femmes enceintes

En 2019, l’Académie Royale de Médecine Belge (ARMB) a diffusé un communiqué de presse nommé “Le véganisme proscrit pour les enfants, femmes enceintes et allaitantes” ​[5]​ avec la collaboration de l’actuel délégué pour le droit des enfants, Bernard De Vos. De Vos à demandé à l’ARMB d’émettre un opinion sur les régimes végétaliens, alors que le nombre de végans augmente en Belgique ​[6]​. Le débat qui a suivit ce communiqué a été relayé par la presse locale, et les végans et anti-végans se sont affronté dans une guerre passionnée sur le sujet ​[6]​. Certains, cependant, accusent l’ARMB d’avoir produit un opinion très biaisé et non-scientifique basé sur un très petit nombre de références scientifiques dans la littérature existant sur le sujet; et que cela pourrait avoir des impacts important sur les familles végans qui pourraient subir de la pression, ou même être poussées en dehors de la médecine et de la science en un tout ​[6]​.

Cependant, comme la nutrition d’une femme enceinte est extrêmement importante vis à vis des impacts qu’elle peut avoir sur elle et son fétus, ce problèmes doit être étudié avec précision pour que les futures mamans ne prennent pas de risque avec leur choix de régime alimentaire. Pour explorer cette question, nous allons à présent regarder les études existant sur le sujet qui pourrait nous donner une réponse.

Qu’est-ce que la science a à dire à propos du véganisme et de la gestation ?

Fort heureusement, différentes études ont exploré la question de l’effet des régimes végétariens et végétaliens sur la santé des femmes enceintes, de leur fétus, et des bébés qui en suivent.

L’une des ces études est une revue de littérature du milieu très récente, faite par Sebastiani et al. et publiée en 2019 ​[7]​. Ils ont revu les preuves existantes vis a vis des des carences en vitamine B12, en vitamine D, en calcium, et fer, en acides gras essentiels, en zinc, en iodine, en magnésium et en protéines chez les futures mamans végétariennes et végans. Après cela, ils ont revu la littérature existante concernant différents problèmes qui peuvent arriver durant la gestation, et leur relation avec des régimes végétariens ou végans : pré-éclampsie (qui peut mener à beaucoup d’autres problèmes), diabètes de gestation, accouchement prématuré, santé mentale et survie du fétus à terme, composition du lait humain, et d’autres.).

La conclusion de leur étude est que les données existantes montrent que pour les régimes végétariens, « les insuffisances en micronutriments et les restrictions caloriques sont plus courantes dans les pays en voie de développement, où les régimes végétariens sont choisis à cause de raisons socio/économiques. Au contraire, dans les pays développés, l’éthique et l’envie de suivre un régime alimentaire saint sont plus pris en compte » ​[7]​. En plus de cela, les auteurs écrivent « des régimes à base de plante équilibrés et riches en fibre et pauvres en gras sont considéré comme protecteur contre plusieurs problèmes durant la gestation, comme la pré-éclampsie et les accouchements prématurés. Cependant, ces effets protecteurs disparaissent lorsque des carences en nutriments émergent » ​[7]​. Pour les auteurs, cela implique que « une prise de conscience forte d’un apport en tous les nutriments clés essentiels et en suppléments de vitamines, en accord avec les lignes directrices internationales. » ​[7]​. Un résumé de leur étude pourrait être que « les végétariens et les végans ont un risque d’avoir des carences en nutriments, mais si un bon apport en nutriments est assuré, les résultats de la gestations sont similaires à ceux reporté dans la population omnivore. » ​[7]​.

Leur étude étant une revue de la littérature scientifique actuelle sur le sujet, les auteurs ont pris la précaution d’écrire qu’elle a des limitations : tout spécialement concernant le fait que beaucoup d’études utilisent des questionnaires pour connaître l’apport alimentaire des participants, et qu’il y a une grande différence entre les régimes végétariens ou végétalien choisis pour des raison d’éthique, de spiritualité ou de santé, en comparaison avec des raisons économiques (la viande et les produits laitiers étant souvent chers dans les pays en voie de développement) ​[7]​. Cette différence peut peut mener à un grand biais dans l’interprétation des études concernant la santé des végans et des végétariens ​[7]​.

D’autres études semblent supporter ce point de vue. En juin 2012, une liste de recommandation du « Réseau Jeune Famille », un organisme supporté par le gouvernement allemand, a été publié de la Journal Allemand de Médecine ​[8]​. Cet article mentionne les régimes végétariens et végétaliens, disant que « Les régimes végétariens avec des suppléments alimentaires peuvent fournir une nutrition suffisante, mais un accompagnement est recommandé. En contraste à cela, un régime végétalien est inadéquat et nécessite une supplémentation additionnelle en micronutriments. » ​[8]​. Ce dernier point fait référence au besoin d’une supplémentation en B12.

Un autre article sur le sujet a été publié en 2015, et écrit par Piccoli et al. ​[9]​. L’article était une revue systématique, certaines sources entre lui et l’article de Sebastiani et al. sont redondantes ​[7,9]​. La conclusion des auteurs est que « le manque d’études randomisées nous empêche de distinguer les effets du régime alimentaire parmi d’autres facteurs confondants. En prenant en compte ces limites, les régimes végétariens et végétaliens peuvent être considérés comme sans danger durant la gestation, tant qu’une certaine attention est donnée aux vitamines et aux oligo-éléments nécessaires. » ​[9]​.

Processus de sélections des articles considérés dans l’étude de Piccoli et al. de 2015 (en anglais)

Un article de « perspective » a été écrit par R. Pawlak et publié dans le Journal Européen de Nutrition Clinique en 2017 ​[10]​. L’article a été fait pour adresser les opinions très contrasté au sujet du véganisme durant la gestation publiés par des agences comme l’Académie de Nutrition et de Diététique et la Société Allemande de Nutrition ​[10]​. Bien qu’ayant la vitamine B12 comme principal sujet, Pawlak conclut néanmoins que « les régimes végétaliens sont appropriés pour les femmes enceintes et en allaitement seulement si ces femmes utilisent habituellement des sources sures de vitamine B12, de préférence des suppléments oraux. » ​[10]​.

Une autre revue scientifique sur le sujet vient de Pistollato et al., et a été publiée en 2015 dans le journal « Avancées en Nutrition » ​[11]​. Dans l’abstract, les auteurs notent que « les régimes à base de plantes, comme tout autre régime, si mal équilibré, pourrait être déficient en certain nutriments spécifiques qui sont particulièrement importants durant la gestation, comme les acides gras oméga 3, la vitamine B12, le fer, le zinc et l’iode, ce qui peut potentiellement affecter l’état de santé de l’enfant qui en suit. » ​[11]​. Leur conclusion reflète directement celle de Sebastiani et al. : « les régimes à base de plantes bien planifiés semblent être bénéfiques à tous les stades de la vie, incluant la gestation, comme recommandé par l’académie de Nutrition et de diététique, et les diététiciens du Canada […] Cependant, les populations dans les pays en voie de développement, bien qu’ayant accès à de la nourriture végétale, montrent souvent une plus grande prévalence en carences de micronutriments. » ​[11]​.

Concernant l’utilisation de suppléments de B12 chez les femmes enceintes, un article écrit par Salvador Villalpando et publié dans le Bulletin de Nourriture et de Nutrition à conclus que « Sept études complémentaires n’ont trouvé aucune différences dans le risque de perte du fétus, de fausse couche précoce ou tardive, fausse couche, pré-éclampsie, mort périnatale ou néonatale, accouchement prématuré, petite taille pour un age donné, ou mort de l’enfant chez les femmes supplémentées comparé aux contrôles. Deux de ces études on mesuré des poids de placentas et […] des poids à la naissance plus importants […], et un risque moins grand pour les nouveaux nés de peser moins de 2,500g chez les femmes supplémentées […]. » ​[12]​. Les connaissances actuelles suggèrent ainsi que l’utilisation de supplémentation en B12 durant la gestation est très utile pour les végans enceintes.

Conclusion

Grâce à toutes ces revues systématiques et ces synthèses scientifiques sur le sujet, il semble que plusieurs conclusions puissent être émises avec certitude.

  • Les femmes véganes sont plus à risque d’avoir des carences durant la gestation, et cela peut avoir des effets négatifs sur elles ou sur leur fétus.
  • Les femmes véganes ne sont cependant pas les seules à risque; les femmes non-véganes peuvent aussi développer des carences importantes durant leur gestation, et devraient faire très attention à leur nutrition.
  • Comme tout végan, les femmes enceintes véganes doivent prendre une supplémentation suffisante en vitamine B12. Une telle supplémentation ne semble pas avoir d’effets secondaires, et semble contrer tous problèmes liés à des carences en B12.
  • Les femmes véganes enceintes dans les pays développés sont moins à risque d’avoir des carences que des femmes véganes enceintes dans les pays en voie de développement; surtout si le régime végétalien ne vient pas d’un choix, mais d’une obligation sociale ou économique.

Finalement, il semble que les critiques émises à l’égard de l’Académie Royale Belge de Médecine suite à leur publication évoquant une opinion négative concernant les régimes végétaliens durant la gestation semble justifiées, alors que les connaissances scientifiques actuelles pointent uniquement vers le fait que les femmes véganes enceintes doivent faire attention à leur apports en nutriments; mais pas vers un danger obligatoire pour la santé de la future maman, ni pour celle de son futur enfant.


Références

  1. [1]
    E. Ota, H. Hori, R. Mori, R. Tobe-Gai, D. Farrar, Antenatal dietary education and supplementation to increase energy and protein intake, Cochrane Database of Systematic Reviews. (2015).
  2. [2]
    E. Ota, R. Mori, P. Middleton, R. Tobe-Gai, K. Mahomed, C. Miyazaki, Z.A. Bhutta, Zinc supplementation for improving pregnancy and infant outcome, Cochrane Database of Systematic Reviews. (2015).
  3. [3]
    G.J. Hofmeyr, T.A. Lawrie, Á.N. Atallah, L. Duley, M.R. Torloni, Calcium supplementation during pregnancy for preventing hypertensive disorders and related problems, Cochrane Database of Systematic Reviews. (2014).
  4. [4]
    B.A. Haider, Z.A. Bhutta, Multiple-micronutrient supplementation for women during pregnancy, Cochrane Database of Systematic Reviews. (2017).
  5. [5]
    Académie Royale de Médecine de Belgique, Le véganisme proscrit pour les enfants, femmes enceintes et allaitantes, 2019.
  6. [6]
    F. Dellerie, Véganisme, végétalisme : l’Académie Royale de Médecine de Belgique en roue libre, Mediapart. (2019).
  7. [7]
    G. Sebastiani, A. Herranz Barbero, C. Borrás-Novell, M. Alsina Casanova, V. Aldecoa-Bilbao, V. Andreu-Fernández, M. Pascual Tutusaus, S. Ferrero Martínez, M.D. Gómez Roig, O. García-Algar, The effects of vegetarian and vegan diet during pregnancy on the health of mothers and offspring, Nutrients. 11 (2019) 557.
  8. [8]
    B. Koletzko, C. Bauer, P. Bung, M. Cremer, M. Flothkötter, C. Hellmers, M. Kersting, M. Krawinkel, H. Przyrembel, R. Rasenack, Nutrition in pregnancy-Practice recommendations of the Network “Healthy Start-Young Family Network,” Deutsche Medizinische Wochenschrift (1946). 137 (2012) 1366–1372.
  9. [9]
    G.B. Piccoli, R. Clari, F.N. Vigotti, F. Leone, R. Attini, G. Cabiddu, G. Mauro, N. Castelluccia, N. Colombi, I. Capizzi, Vegan–vegetarian diets in pregnancy: danger or panacea? A systematic narrative review, BJOG: An International Journal of Obstetrics & Gynaecology. 122 (2015) 623–633.
  10. [10]
    R. Pawlak, To vegan or not to vegan when pregnant, lactating or feeding young children, European Journal of Clinical Nutrition. 71 (2017) 1259.
  11. [11]
    F. Pistollato, S. Sumalla Cano, I. Elio, M. Masias Vergara, F. Giampieri, M. Battino, Plant-based and plant-rich diet patterns during gestation: Beneficial effects and possible shortcomings, Advances in Nutrition. 6 (2015) 581–591.
  12. [12]
    S. Villalpando, Discussion: effects of folate and vitamin B12 deficiencies during pregnancy on fetal, infant, and child development, Food and Nutrition Bulletin. 29 (2008) S112–S115.
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Klemet

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